Manipulables, les projets de Corenthin Thilloy engagent le corps, le sien comme celui d'autrui. Qu’il s’agisse de la série des Veilleurs, inspirés de la forme des coquillages symbolisant les cycles de la vie, ou celle des Pierres de Cendres qui représente la tentative d’agglomérer des cendres (animales) en modifiant la minéralisation, les formes conçues par l'artiste sont nées à l'échelle de la main, tels des objets transmissibles. Elles incarnent le lien concret mais aussi spirituel tant convoité par l’artiste. Entre outils de compréhension du monde et objets de croyance, ces œuvres à l’attention bienveillante troublent. Se basant sur ses expériences en maison de retraite ou en art funéraire, Corenthin Thilloy aborde des sujets habituellement tues : l’accompagnement de la fin de vie ou la dispersion des cendres entre autres. Plutôt qu'une séparation effrayante, la mort ne pourrait-elle pas s’envisager différemment ? Les Veilleurs auraient ainsi celle mission si difficile d'être présents, au creux de la main à ce moment crucial où la solitude et l'abandon dominent. Les Pierres de Cendres se glisseraient quant à elles entre les mains de ceux qui restent, dans leurs poches, se poseraient sur les cheminées ou serviraient à communiquer.

Si les pièces de l’artiste entretiennent une relation essentielle au temps, leur production aussi. De documentations plurielles et transculturelles en expérimentations techniques, celui-ci fait dialoguer des univers réels et fictionnels au sein de premières étapes d’écritures fondamentales. Les formes finales qui en résultent synthétisent cette longue période de réflexion et la transmettent en nous racontant des histoires. Plutôt que dessiner une façon uniforme de penser le monde, elles offrent au contraire autant d'hypothèses que nous sommes d'individus. En conteur singulier, Corenthin Thilloy penses ses pièces comme des dons. Leur matérialité fait sens, mais mis au contact de l’autre, l’objet devient symbole pour basculer dans l’imaginaire collectif et le domaine de l’insaisissable.

Maud Cosson, dans le cadre de l'exposition PREMIÈRE

Directrice de La Graineterie-Centre d'Art contemporain de la ville de Houilles

https://lagraineterie.ville-houilles.fr

« À poser près de ses terres ou au sein de tout espace libre de l’activité de l’homme... » Du haut d’un corps de grès chamotté, l’esprit solitaire du Chanteur signé Corenthin Thilloy siffle au vent. À taille humaine, cette sculpture porte en elle le corps à corps qu’a nécessité sa réalisation et la force symbolique dont l'a doté son auteur. Inspiré des épis de faîtage - éléments architecturaux en céramique qui protégeaient le poinçon de la charpente pour la rendre étanche -, Le Chanteur a quitter les toits pour s’ancrer au territoire, à la terre et les renouer à leurs habitants. Tout ici dévoile une démarche qui se saisit du design pour construire une réflexion sur notre société. Le jeune artiste use de sa maîtrise technique et de ses expérimentations pour créer des formes dont la fonctionnalité a comme unique objectif une portée symbolique. Chez lui, la forme prime sur l’usage et le matériau comme l’outil utilisés participent à une recherche de réhumanisation de nos modes de vie actuels. En ce sens, l’individu est central dans un travail sculptural qui s’attache à recréer des liens interpersonnels hérités de pratiques ou de croyances populaires en désuétude. Chacun de nous serait à la fois acteur d'un système qui désenchante le monde mais aussi principal garant de ces cultures matérielles et immatérielles.

Mon travail s’articule principalement autour de pratiques et d’objets désuets ou en cours de désuétude et qu’il me semble intéressant de réinterroger. En ce sens, les propositions qui en découlent ont pour objectif de rendre compte d’une recherche qui tend à réactualiser ou simplement à montrer des usages particuliers en parallèle des raisons et des histoires qui les ont vu naître et disparaître.

La céramique est un matériau qui correspond jusqu’à présent aux projets que je mène et aux résultats que je souhaite. Cependant, je tente également d’inclure le son et la vidéo dans mon travail afin non seulement d’activer les objets réalisés mais également de laisser la place aux histoires racontées. Le travail que je mène aujourd’hui prend ainsi ses racines autour de différentes notions, de différents territoires, par le biais de différents médiums et tend parfois vers des projets participatifs.

Enfin, les différents projets que je mène sont tournés vers la notion d’usage, et ce principalement afin de comprendre, de mettre le doigt sur un objet particulier et ses applications possibles, dans le but de questionner sa disparition et ensuite possiblement son réinvestissement, individuellement ou collectivement.