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Chanteur, 2018
Grès chamotté émaillé, béton
180 x 65 cm
Chanteurs sur leurs falaises, 2018
Gouache et acrylique
45 x 32 cm
A poser près de ses terres ou au sein de tout espace libre de l’activité de l’homme... Le Chanteur siffle au vent, signifie sa présence et par là-même l'occupation d'un territoire.




Ce projet a pour point de départ l’épi de faîtage, élément architectural en céramique. Ce dernier avait pour fonction de protéger le poinçon de la charpente afin de rendre cette dernière étanche.
D’abord réservé au personnes détentrices d’un titre de noblesse, il se démocratisa vers la fin du XVIIIe siècle et fit alors son apparition dans les campagnes, sur le toit d’humbles demeures.
L’épi a ainsi fait l’objet d’une interprétation personnelle de la part de chaque fabricant, de chaque potier, rendant compte de leurs goûts mais aussi du patrimoine matériel et immatériel du territoire sur lequel ils étaient implantés : ressources, croyances, etc... Lorsqu’il dépassait 75 centimètres de hauteur, il était réalisé en trois parties : la base ou «embase», le corps ou «fût» et le couronnement.
Cependant, la révolution industrielle les obligea à se baisser, à correspondre à un modèle de production simple, rapide et économiquement rentable. L’uniformisation de masse fît son apparition, détruisant par là-même une culture matérielle et immatérielle riche et diverse.
De plus, les techniques de construction des charpentes permirent la réduction de la hauteur du poinçon et ainsi sa protection par une simple tuile.
L’esprit malin que les épis siffleurs (photos ci-dessus) - produits autrefois à Duris près de Limoges - étaient censés chasser, correspond aujourd'hui aux systèmes économiques et politiques qui régît nos sociétés occidentales. Ces derniers agissent comme destructeurs culturel et humain, arrachant les humains à des identités qui rendaient compte de l’attachement à un territoire et qui faisaient d’eux un peuple. La base de notre société se compose de ceux qui vivent de la terre sur chaque territoire et ce depuis des générations. Ceux qui autrefois produisaient les formes, ne pouvant les acheter.
Ce Chanteur, qui n’est plus un épi mais qui est construit sur le même principe, est composé de jambes, d’un buste et d’une tête, d’une tête couronnée, afin de former grâce à cet ensemble une silhouette humaine. Il n’est plus érigé sur un toit mais à poser près de ses terres. Il chante, lorsque le vent souffle, afin de signifier sa présence, afin de résister face à l’uniformisation de masse, face à la destruction humaine...
Comme le chant main dans la main durant la révolution chantante en Pays Baltes, ce Chanteur, s’il se répandait, permettrait de combattre un système réduisant la liberté des humains en brisant douloureusement les tympans de tous les oppresseurs. L’art populaire intervenant alors comme un outil pour y parvenir.